Faire des photos dans un environnement enneigé

Univers blanc réfléchissant fortement la lumière, la neige est un double piège pour le photographe qui devra particulièrement veiller à soigner son exposition et sa balance des blancs.

2 bonnes raisons de débrayer les automatismes de nos jolis boitiers, mais rien de très compliqué : un peu de bon sens et vous profiterez pleinement des multiples possibilités offertes par les paysages enneigés : panoramas modelés, éléments isolés dans une grande surface claire, jeux d’ombre et de lumière, traces, gouttes, cristaux, l’hiver nous offre mille occasions de varier les plaisirs… et de (re)découvrir la joie des réglages manuels !

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Premier piège : votre cellule vous trompe !

Point de vue pratique : une scène de neige est généralement majoritairement composée de surfaces très claires. Affolée par cette inhabituelle clarté, votre cellule cherchera à réduire le flux de lumière frappant le capteur ou le film en augmentant plus que nécessaire la vitesse (ou en fermant exagérément le diaphragme). Résultat, la photo sera sous exposée, la neige grisâtre et les ombres bouchées. Beurk.

Point de vue théorique : la cellule transforme le paysage photographié en valeurs monochromes, intègre les variations d’éclairage entre les différentes zones (mesure multizone) et compare ce résultat à une valeur moyenne de gris à 18% pour laquelle elle est étalonnée. La photo étant principalement composée de neige blanche, le posemètre tendra à rapprocher le blanc neigeux du gris neutre. Résultat, la photo sera sous exposée, la neige grisâtre et les ombres bouchées. Re–beurk. (en réalité, afin de corriger ce réglage, la mesure multizone se réfère à une bibliothèque de situations prédéterminées stockées en mémoire, la richesse de cette bibliothèque déterminant le potentiel du boitier à exposer correctement dans toutes les situations.)

Faire confiance à la cellule provoque inévitablement une sous exposition de l’image. Solution : surexposer pour rendre à la scène photographiée sa luminosité initiale. En moyenne, il faut augmenter l'exposition de 1 à 2 EV.

EV : cette abréviation anglaise qui signifie Exposure Value (ou valeur d'exposition) définit le résultat du réglage du couple vitesse/diaphragme. On sait par exemple que f8 au 60ème de seconde est équivalent à f11 au 30ème puisque d’un côté, on a fermé le diaphragme d’un cran et que de l’autre, on a baissé la vitesse de moitié. La quantité de lumière atteignant le capteur ou le film avec ces 2 réglages est donc inchangée. (On utilise alternativement le terme IL pour indice de luminance).

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Notre but est donc de tromper la cellule de 1 à 2 EV. Il existe 2 moyens de le faire. Passer en mode manuel et lire les indications dans le viseur ou utiliser le bouton « Correction d’exposition » du boitier. (Oui, il va falloir ouvrir le manuel de votre appareil photo !)

Chaque solution à ses avantages et ses inconvénients. Le mode manuel est la solution la plus riche puisqu’il laisse le choix entre baisser la vitesse ou ouvrir le diaphragme, mais il oblige à toujours rechercher dans un premier temps l’exposition initiale. La correction d’exposition est plus rapide mais on a parfois tendance à l’oublier sur les photos suivantes… Affaire de goût donc !

Quoiqu’il en soit, n’oubliez pas une fois la photo prise d’en vérifier l’histogramme, car une neige surexposée ne se récupère pas !

Dernier point : les situations de contre jour (portrait dans la neige…) nécessitent de déboucher les ombres avec le flash, mais ce dernier peut également être mis en œuvre pour donner du relief à l’image en figeant les flocons de neige…

A vous d'être créatifs !

Second piège : la balance des blancs

Les photos de neige bleue peuvent avoir un charme à condition que cet effet soit volontaire et mesuré. Celle présentée ci contre est une caricature de balance des blancs mal maîtrisée.

Dans un premier temps, il faut savoir se débarrasser des dominantes fâcheuses, qui ne concernent d’ailleurs pas que le bleu : la couleur de la neige évolue en fonction de la température de couleur du soleil. Lorsqu'il est bas sur l'horizon elle paraît rose. Lorsqu’il se rapproche du zénith, elle devient blanche puis bleutée, cette dernière teinte se renforçant dans les ombres ou sous ciel nuageux.

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Encore un peu de théorie : les rayons solaires perdent de l’énergie en traversant l’atmosphère. Cette dégradation touche plus particulièrement les grandes longueurs d’ondes (rouge et vert) provoquant un excédent de bleu. L’œil se régule et ne décèle pas cette dominante. Le capteur est beaucoup moins conciliant et restitue ce qu’il reçoit par rapport à la référence absolue du blanc à D50.

Solution : dans tous les cas, on évitera la balance des blancs automatique qui risque de donner des résultats très aléatoires. En plein soleil, il suffira simplement de choisir la balance « ensoleillée » (5200 K) et à l'ombre, de régler l’appareil sur « nuageux » (6000 K) afin d’éviter l’excès de bleu. Cette recette constitue déjà un moindre mal, mais puisque l’on dispose d’une surface blanche à profusion, pourquoi ne pas tenter la balance manuelle ? (Oui, encore un petit coup d’œil dans le manuel…)

Soyons toutefois réalistes : aucun de ces réglages ne vous assurera d’avoir un bon équilibre chromatique entre zones éclairées directement et zones éclairées par réflexion. La différence de température de couleur est trop importante. Il s’agit simplement de mettre toutes les chances de votre côté... la meilleure restant bien évidemment de shooter en RAW…

Et les UV dans tout cela ? La question se pose surtout en altitude où l'air plus rare constitue un filtre moins efficace contre le rayonnement ultraviolet, mais nos objectifs modernes sont traités anti UV, limitant l'intérêt des filtres UV à la seule protection de la lentille frontale.

Bonus track...

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Les batteries n'aiment pas le froid. Si vous en avez 2, au lieu de garder la seconde au fond de votre sac, mettez-la au chaud dans la poche intérieure de votre anorak afin de maintenir sa totale disponibilité.

L’électronique n’aime pas l’humidité et les objectifs peuvent rapidement muter en cave à champignons. De retour à la maison, ne vous jetez pas comme un goret sur votre appareil pour en sortir la carte. Laissez au contraire votre sac fermé afin qu’il remonte doucement en température, ce qui limitera les risques de condensation. Bien ventiler et sécher ensuite le sac et le matériel.

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