L’histogramme mis à nu. (Troisième partie)

La première partie de ce tutoriel évoquait tous les moyens à mettre en œuvre pour optimiser l’histogramme dès la prise de vue. Cette nouvelle partie s’attache à corriger les imperfections résiduelles et à explorer le potentiel de l’histogramme sans se voiler la face : si nos capteurs ne sont pas parfaits et nécessitent (trop) souvent des actions correctrices, nos logiciels de post traitement ne sont pas non plus exempts de défauts et il est inutile de penser sauver une photo ratée sans laisser quelques cicatrices dans les pixels… Le tutoriel est réalisé à partir du logiciel Photoshop, mais les principes restent les mêmes avec d’autres logiciels.

Comment se présente l’histogramme ?

Nous ne reviendrons pas ici sur la définition de l’histogramme, déjà explicitée dans la première partie du tutoriel, mais sur les différents éléments de sa présentation. Photoshop propose 2 histogrammes. Le premier est accessible par le menu Fenêtre/Histogramme. C’est une représentation en temps réel, mise à jour chaque fois que vous entreprenez une action sur la photo.

Les différentes rubriques indiquées sous l’histogramme n’offrent pas d’autre intérêt que statistique : la luminosité moyenne sera d’autant plus faible que la photo est sombre, la dispersion (Standard Deviation) d’autant plus élevée qu’il existe de contraste autour de cette moyenne. La médiane donne la valeur de la luminosité pour laquelle on a autant de pixels plus clairs que de pixels plus foncés, la somme étant indiquée dans la rubrique pixels. En passant la souris sur l’histogramme, on obtient le détail de chaque niveau dans la colonne de droite.

Enfin, le niveau de cache (défini dans les préférences de performance) dimensionne la mémoire utilisée pour créer l’histogramme. S’il est égal à 1, Photoshop utilise tous les pixels. Pour un cache de 2, il utilise la moyenne de 4 pixels adjacents, ce qui permet un affichage plus rapide. Le petit triangle jaune rappelle dans ce cas que l’on affiche un histogramme estimé. Il suffit de cliquer sur la double flèche circulaire au dessus pour revenir à l’histogramme complet.

La liste déroulante permet de choisir la couche à analyser. La flèche minuscule en haut à droite de la palette affiche le menu des options :

- Affichage agrandi : affiche l’histogramme tel que présenté ci-dessus, avec les statistiques et les boutons de commande.
- Affichage réduit : seule la fenêtre graphique est conservée
- Affichage de toutes les couches : à chaque couche correspond un histogramme.


L’histogramme en live permet au Photoshoper qui se concentre sur la partie de l’image qu’il veut améliorer de garder un œil sur la vision d’ensemble. Il en est de même lorsqu’il travaille sur une image à la taille de l’écran (vs la taille réelle des pixels) Cette version réduite est déjà appauvrie en détails et si le traitement supprime des informations dans la vraie image, il ne s’en apercevra qu’à travers l’histogramme temps réel.

Le second histogramme est accessible par le menu Image/Réglage/Niveaux. Contrairement à l’histogramme «temps réel» qui est une conséquence de l’image affichée, l’histogramme « niveaux » permet d’interagir avec celle-ci.

Cette fenêtre présente bien évidemment des similitudes avec la précédente : la liste déroulante qui permet de choisir la couche à analyser, les statistiques etc...

La manipulation de l’histogramme établit une relation entre niveaux d’entrée et niveaux de sortie. Par défaut, un pixel complètement noir sur la photo initiale (niveau d’entrée) sera complètement noir sur la photo finale (niveau de sortie) Il en est de même pour tous les tons entre 0 (noir) et 255 (blanc). Cette correspondance est le réglage initial affiché sur les 2 échelles.

Le but du jeu sera d’optimiser la relation niveaux d’entrée/niveaux de sortie. Il est par exemple courant de baisser un niveau d’entrée de 255 à 245 afin de griser très légèrement les blancs purs (pour une sortie écran). Mais dans la majorité des cas, il n’est pas possible d’intuiter la bonne valeur.

On utilise alors les 3 curseurs présents sous l’histogramme. (Noir, gris, blanc de gauche à droite)

En réglant le curseur de droite sur 245 au lieu d’entrer directement la valeur, on transformera les blancs purs en gris très pales. Idéalement, on opère en premier lieu un décalage beaucoup plus important que nécessaire afin de réinitialiser son regard, puis on revient vers la valeur acceptable.

La valeur du milieu sur les niveaux d’entrée indique le contraste (gamma) de la photo. Elle influe sur le gris neutre (niveau 128) et permet de modifier le contraste sans toucher ni les noirs ni les blancs. Une valeur supérieure à 1 permet de diminuer le contraste. (et réciproquement) C’est un curseur à manipuler avec précaution, car la transformation est relativement destructrice.

La palette des 3 pipettes (Noir, gris, blanc de gauche à droite) est un outil délicat à manipuler, mais très précieux car il permet de ne pas entrer dans l’abstraction des correspondances précédemment développée. En cliquant avec la pipette des blancs dans la partie la plus claire de l’image, vous obtiendrez pour tous les pixels correspondant un blanc pur. (Très pratique lorsque l’on a une photo jpg de neige un peu trop bleue…mais inutile à qui peut shooter en RAW !) De même, dans une photo de nuit un peu grise, il suffit de cliquer avec la pipette des noirs dans la partie la plus sombre de l’image pour obtenir une correction à peu de frais. Mais attention : tout sujet ne contient pas forcément des blancs ou des noirs purs. Le résultat peut alors être catastrophique. Nous analyserons ultérieurement comment affiner ces réglages. 

Des boutons présents sur la droite de la palette et dont le sens est très intuitif, retenons surtout que si Annuler provoque la sortie de l’écran sans modification de la photo, la combinaison Alt Annuler permet de réinitialiser la courbe sans fermer la palette.

Agir sur l’histogramme

Il n’est pas question de donner ici de recettes car s’il en existait, la fonction histogramme automatique serait parfaite et ce tutoriel totalement inutile. Comme déjà dit, on ne peut pas dissocier l’analyse de l’histogramme du sujet photographié, ce qu’un algorithme automatique n’est pas prêt de réaliser. Le tout automatique fonctionne principalement sur les cas standards, ces mêmes cas qui ne posent pas de problème à la prise de vue… et qui ne nécessitent pas de post traitement !

Afin de minimiser les détériorations de l’image finale, nous allons mettre toutes les chances de notre côté. (Je suppose ici que l’image n’est pas disponible en mode RAW car c’est sinon dans ce mode qu’il conviendrait d’ajuster l’histogramme…) En premier lieu, nous l’allons pas travailler directement sur l’image, mais sur un calque de réglage de niveaux. (Menu Calque/Nouveau calque de réglage/niveaux > OK) Cette méthodologie a pour seul handicap de ne pas autoriser la modification d’une sélection partielle des couches de l’image, opération suffisamment rare pour que l’on saute à pieds joints dessus. Elle a par contre l’immense avantage de ne pas altérer la photo. Le Photoshoper peut en effet être amené à revenir plusieurs fois sur le réglage des niveaux, opération qui sera toujours un peu plus destructive. S’il opère sur un calque, la déperdition ne s’appliquera qu’au moment d’aplatir les calques, soit une seule fois.

En second lieu, nous ne travaillerons pas sur une image 8 bits, mais si possible sur une image 16 bits. En effet, lorsque l’on cherche à étaler la gamme tonale d’un histogramme qui présente par exemple un déficit de points à gauche, transformant les niveaux d’entrée [20,255] en [0,255], on risque d’autant moins voir apparaître des trous que l’information est discrétisée finement. Une image en 8 bits délivre rapidement un histogramme en peigne, traduisant l’absence de tonalités intermédiaires (diminution du nombre de nuances de couleur de l'image) qui peut induire des aplats de couleur dans l’image vue à la taille des pixels.

L’exemple ci-dessus montre les résultats d’une transformation banale opérée sur une image 8 bits (à gauche) puis de manière identique sur la même image en 16 bits (à droite) Moyenne et écart-type sont légèrement différents du fait d’une discrétisation plus fine dans le second cas, mais c’est avant tout l’allure générale de l’histogramme de droite qui doit vous convaincre de rester en 16 bits !

Nous voici maintenant parés pour passer à la phase ultime : modifier l’histogramme.

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