L’histogramme mis à nu. (Seconde partie)

L’histogramme à la prise de vue

A chaque prise de vue, contrôlez l’histogramme ! Ce geste doit devenir un réflexe : Vous mettrez ainsi toutes les chances de votre côté pour réussir à moindre frais une photo d’une qualité technique irréprochable. (au sens du capteur bien évidemment, car il vous reste à régler les problèmes de netteté, piqué, dynamique, etc…) Il faut bien se l’avouer, les tentatives de rattrapage en post traitement d’un histogramme mal calibré ne sont que des pis-aller, qui laissent toujours des scories plus ou moins discrètes (bruit, artefacts) d’autant plus visibles que le format de tirage sera grand. Autant s’épargner ces désillusions en étant plus consciencieux dès la prise de vue. (NB : nous ne le répèterons jamais assez, si votre boitier le permet, photographiez toujours en mode RAW : vous limiterez les inconvénients du post traitement…)

L’affichage de l’histogramme en direct live serait le nec plus ultra de l’aide à la prise de vue, mais il faut reconnaître que pour beaucoup d’entre nous, (boitiers reflex moyenne gamme) c’est encore du domaine du rêve. Nous allons donc nous contenter de ce que nous avons : le contrôle a posteriori de l’histogramme.

Un petit rappel du b-a ba du photographe : si l’histogramme est trop à gauche (ou trop à droite), photo sous exposée (ou surexposée), il vous faudra laisser entrer plus (ou moins) de lumière que prévu. En mode A ou V (priorité diaphragme ou priorité vitesse) la meilleure solution est d’utiliser la correction (ou compensation) d’exposition. Un petit coup d’œil sur le manuel de votre APN ? Cette interaction avec l’automatisme de l’appareil est un peu délicate à intégrer, mais si vous ne faîtes pas l’effort de vous y intéresser, vous passerez à côté de beaucoup des possibilités de votre boitier. Vous avez également le choix du mode manuel, sans conteste le moyen le plus souple de gérer le couple vitesse/diaphragme, mais pas forcément le plus intuitif… Nous avions bien parlé d’effort !

Pensez également à ne pas systématiquement rester en mesure multi zones, mais à exploiter toutes les options de mesure de la lumière permises par votre boitier (pondérée au centre, mesure spot)

Notre sujet n’est pas d’apprendre à exposer correctement, mais seulement de détecter les problèmes à travers l’histogramme. 2 cas particuliers méritent que l’on s’y attarde : l’histogramme déborde à droite et à gauche ou l’histogramme ne déborde ni à droite ni à gauche…

Histogramme trop large : la photo d’architecture au cœur d’une église illustre ce cas.

Entre les zones d’ombres du chœur et les hautes lumières des vitraux, notre pauvre capteur est bien à la peine. Sa plage dynamique (dynamic range pour introduire la suite) c'est-à-dire l’amplitude maximale d’exposition qu’il peut restituer en conservant les détails dans les ombres et dans les lumières est par exemple de l’ordre de 8 diaphragmes à 100 iso et seulement 6 diaphragmes à 3200 iso pour un Nikon D80 (source dpreview) Les capteurs bas de gamme ont une plage dynamique de seulement 5 diaphragmes. Une seule solution pour passer cette limite technique : prendre de multiples expositions (sur pied !) de la même scène en faisant varier la vitesse de la prise de vue, et recombiner les prises en utilisant des calques ou la technique dite HDR (high dynamic range) pour laquelle existent de nombreux outils et tutoriels.

Pour ma part, je préfère travailler directement avec des masques de fusion…

Il n’existe aucun réglage permettant de pallier les problèmes liés à un histogramme trop large, et surtout pas le filtre gis neutre qui abaisse la luminosité globale de l’image, mais pas son contraste. Dans le cas particulier d’un paysage avec un horizon relativement horizontal, on peut toutefois utiliser un filtre gris neutre dégradé qui absorbera de la lumière sur le ciel sans altérer la luminosité du paysage.

Histogramme étroit : lorsque la scène photographiée présente peu de contraste, le choix du couple vitesse/diaphragme permet de positionner l’histogramme plus ou moins à droite ou à gauche sans perte d’information. L’instinct pousse le photographe à le positionner à gauche pour éviter de brûler les hautes lumières. C’est une erreur. Tant que l’histogramme ne déborde pas à droite, il n’y a aucun risque de perdre du détail dans les blancs, mais ce n’est pas la meilleure raison… et voici pourquoi :

Nous avons vu précédemment que la plage dynamique du capteur était couramment de 5 à 8 diaphragmes. Chaque fois que l’on ouvre d’un diaphragme, la lumière est multipliée par 2. L’œil humain ne perçoit pas cette sensation de proportionnalité car il compense afin d’éviter l’aveuglement. Le capteur est plus stupide. Si on lui donne 2 fois plus de lumière, il enregistre 2 fois plus de lumière, et encore 2 fois plus au diaphragme suivant, et encore… mais il est limité par son format de stockage. 12 bits pour chaque canal (Rouge, Vert et Bleu) autorisent au maximum 4096 (2 puissance 12) niveaux par couleur. Cette possibilité maximale est bien évidemment utilisée pour les plus hautes lumières… et divisée par 2 à chaque niveau.

Sur une plage dynamique de 6 diaphragmes, on observe la répartition suivante :

Afin de profiter au mieux de cette dissymétrie, il est donc logique de pousser au maximum l’histogramme sur la droite (toujours dans déborder)

Mais souvenons nous que la principale raison de cette étroitesse relative de l’histogramme est le manque de contraste de la scène photographiée, l’occasion pour les plus courageux de modifier temporairement le réglage du contraste sur le boîtier (pour les amateurs de jpg) ou sur leur logiciel préféré (pour les amateurs de RAW) L’histogramme sera alors étendu de manière beaucoup moins destructive qu’en jouant ultérieurement sur les niveaux ou les courbes dans Photoshop et autre Gimp, sujet de la suite de ce tutoriel.

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