Balance des blancs : travaux pratiques

Shooter systématiquement en RAW et corriger la balance des blancs a posteriori… Telle serait donc la voix de la raison ? La technique n’est pourtant pas aussi évidente. Comment retrouver ensuite la juste valeur des blancs devant son écran et son logiciel de derawtisation préféré ? Comment assurer l’homogénéité de couleurs d’un reportage ?

Il suffit de conserver le réglage de la balance des blancs en mode automatique pour s’apercevoir que les simples variations de cadrage peuvent parfois impacter les teintes d’une série de photos. Encore ne s’apercevra t’on de la traitrise qu’une fois devant son écran, car l’œil humain corrige automatiquement la perception des couleurs et se débarrasse des dominantes gênantes.

Dans le cas d’un reportage, il est préférable de garder constant le réglage de la balance des blancs, selon la météo et les possibilités du boitier (Ensoleillé, nuageux, flash, incandescent, etc…) Encore faut-il pouvoir apprécier ces fines nuances ! A partir de quelle couverture un ciel ensoleillé devient-il nuageux ? La balance des blancs manuelle, certes un peu plus complexe, est également bien plus fiable… dès lors qu’on la maîtrise.

Je n’ai pas cette prétention, et c’est pourquoi je me suis lancé dans une série de tests dont je vous livre ici les résultats de manière purement factuelle. Peut-être n’aurez-vous pas les mêmes conclusions que moi, car nos yeux sont différents, mais vous trouverez dans les lignes qui suivent matière à réflexion.

Attention, le but n’est pas d’expliquer comment mettre en œuvre la balance des blancs manuelle sur votre boitier : chaque boitier est différent… et doté d’un merveilleux guide d’utilisation !

La photo témoin est faîte sous l’éclairage d’une lampe dite à économie d’énergie dont les teintes chaudes (2700 °K selon le constructeur) sont renforcées par l’environnement jaune de la tapisserie de la pièce. La balance des blancs automatique vire à la catastrophe.

(NB : la notion de température de couleur, essentielle à la compréhension de la balance des blancs, est amplement développée via google. Rappelons simplement qu’une température de couleur élevée correspond à une teinte froide et qu’inversement, une température de couleur faible correspond à une couleur chaude).

Même en réglant la balance des blancs de l’appareil sur la teinte la plus chaude disponible (2500 °K) on ne parvient pas à éliminer la dominante jaune.

Nous ne reviendrons pas ici sur les méthodes classiques de correction a posteriori, déjà développées dans le tutoriel Corriger la balance des blancs . La première idée est d’introduire dans la photo, en guise de référence, une charte de couleurs, en l’occurrence le modèle «colour confidence total balance» dont le prix est voisin de 30 €.

Cette charte pliable possède un côté gris et un côté blanc. Elle permettra donc d’effectuer une correction dans le logiciel de derawtisation en utilisant le point gris.

NB : le côté blanc peut également être utilisé comme un petit réflecteur en macro...

La correction sur la face grise de la charte (photo de gauche) donne un rendu légèrement plus chaud. On s’en aperçoit en superposant les photos dans 2 calques.

Ce rendu est aussi plus proche de la réalité. (par comparaison de la tranche du livre réel à sa reproduction sur l’écran). Les 2 versions sont cependant tout à fait correctes.

NB : La remontée du jaune sur le bas de la couverture des livres est provoquée par le reflet de l’étagère en pin brut.

Bien qu’effectuée sur le fichier RAW, cette correction tendant à remixer les canaux RVB du fichier RAW est malheureusement génératrice de bruit :

Ce désagrément reste limité, en témoignent ces 2 extraits à la taille réelle des pixels d’un fragment plus sombre de la photo prise à 1000 isos, f7.1, 1/3 seconde. La vignette de gauche correspond à la photo d'origine. La vignette de droite perd en piqué.

(NB : la couverture de ce livre est effectivement jaune !)

L’inhomogénéité du gris, du fait de l’éclairage, peut également rendre la correction délicate.

La première vignette montre un fragment de la charte, et la seconde un filtrage classique par un calque de seuil. On voit clairement apparaître une zone d’ombre sur la gauche de la charte. Il faut donc impérativement traiter le point gris en échantillonnant non seulement un point isolé mais une surface extraite de la charte.

Ces petits désagréments ne sont rien comparé à un facteur plus rédhibitoire : la nécessité de réaliser systématiquement 2 photos et de corriger un à un tous les RAW, même si les traitements par lot peuvent donner de bons résultats et simplifier la tâche. (il suffit de corriger la première photo et d’appliquer automatiquement la même correction à toute la série) Cette méthode reste donc réservée à des situations exceptionnelles (photo de studio par exemple) car sa mise en œuvre est très lourde.


BdB sur face blanche

BdB sur face grise

Une autre solution consiste à intégrer directement la balance des blancs correcte au fichier RAW, en faisant une mesure manuelle de la balance des blancs. Mais quel côté de la charte faut-il utiliser ?

Les 2 fragments ci-contre montrent la photo obtenue en faisant la balance sur la face blanche, puis sur la face grise.

Le réglage sur la face blanche à tendance à sous-exposer légèrement l’image qui conserve une perceptible teinte jaune. C’est donc la face grise qu’il convient d’utiliser, la sous exposition étant ici due à la nature même de la photo et à la prédominance des teintes claires. Faire une bonne balance des blancs n’évite pas d’avoir à exposer correctement la photo !


BdB sur face grise +1 diaph

Et si vous ne disposez pas d’une charte de gris ? Si vous vous trouvez dans une pièce dont le plafond est blanc, il vous suffit de faire la balance manuelle en visant ce dernier. On retrouvera les légers inconvénients de la balance faîte sur la face blanche de la charte : légère dominante jaune et accentuation de la sous exposition. Cette photo sera toutefois bien plus facile à reprendre que celle obtenue en balance des blancs automatique !

Dernière solution à la fois pratique et utilisable aussi bien en intérieur qu’en extérieur : le bouchon d’objectif spécial balance des blancs (de l’ordre de 10 €) Son rendu est plus froid que celui obtenu avec la charte, mais il reste facile à corriger.


BdB automatique

BdB sur charte de gris

BdB au plafond

BdB avec bouchon

Ces tests ont été réalisés sous une lumière très chaude (2700 °K) Dans des conditions plus classiques, les différences s’atténuent et le bouchon donne des teintes très proches de la réalité.



BdB automatique

BdB sur charte de gris

BdB avec bouchon

Dans ce dernier essai, la mesure automatique et la mesure sur charte de gris me semblent plus rose que ce que je vois de ma fenêtre. La mesure avec bouchon est un peu plus saturée. Délicat donc d’avoir la mesure exacte ! Il faut sans doute y voir l’imperfection de la mesure de blanc de nos boitiers : un thermocolorimètre de qualité vaut à lui seul 1000 € ! Les accessoires bien moins couteux utilisés pour ces test vous préserveront des dérives trop importantes, dont la correction apporterait irrémédiablement du bruit sur vos photos.

.

Cliquez ici pour afficher la liste des tutoriaux disponibles.

.